La Télévision

Bernard Noël : « Quand on fait une carrière au théâtre, la popularité d’un héros de feuilleton télé n’a aucune valeur. Une carrière de comédien se construit comme une maison. Vidocq n’est pas la poutre maitresse de la mienne, même s’il en a été l’épisode le plus populaire. Mais j’avais dix-huit ans de métier quand je l’ai interprété et une bonne dose de sagesse. Et je ne suis pas de l’espèce des alouettes, que l’on prend dans un miroir. »


Ce mercredi 21 juin 1961, jour de l’été, la RTF présente une soirée imaginée par Pierre Cour et réalisée par Maurice Cazeneuve.  Cette soirée,  composée sous le signe de la détente, comprend deux fictions policières, des variétés présentées par Maurice Biraud ainsi qu’un reportage sur les vacances d’hier et d’aujourd’hui. La deuxième fiction qui  passera à l’antenne à 22h30, dure 25 minutes et s’intitule « Suspense ». Bernard Noël interprète un homme d’affaires et sa partenaire n’est autre que la jeune Mireille Darc, qui fait ses débuts de comédienne à la télévision…

Les 15, 16 et 17 juillet 1963 des comédiens répétaient et enregistraient au studio 13 des Buttes-Chaumont, une pièce d’Eugène Labiche. Célimare Le bien aimé. Robert Vattier, Jean Raymond, André Gilles ainsi que Madeleine Barbulée et Mariie Claude Mestral  entouraient un Bernard Noël (Célimare) cocasse faisant de nombreux clins d’œil aux téléspectateurs. L’apparition du magnétoscope professionnel permettra de diffuser cette comédie vaudeville le samedi 11 janvier 1964 sur une seconde chaîne qui émettait seulement le weekend jusqu’à son inauguration officielle quelques mois plus tard le 18 avril.

 

 Générique et auteurs : Réalisateur, René Lucot, ; Auteur de l'oeuvre Eugène Labiche,; Directeur de la photo, Lucien Billard; Créateur des décors, Yves Ollivier ; Créateur des costumes, Francine Zaborska.

 

Interprète, Bernard Noël (Célimare), Robert Vattier,(Mr Colombot) ; Madeleine Barbulée,(Mme Comombot) ; Jean Raymond,  (Vernouillet) , André Gilles (Bocardon) ;  Marie Claude Mestral (Emma)

VIDOCQ,  MARCEL BLUWAL

 

Le tournage de Vidocq : un travail à la chaine

 

 

Coproduit par Gaumont et l’ORTF. La série comporte 13 films de 26 minutes chacun. Réalisée par Marcel  Bluwal et Claude Loursais, elle fut  programmée une fois par semaine  pendant 13 semaines. Le tournage aura duré trois mois, à raison de cinq minutes de film par jour. Pour Bernard Noël qui apparaît dans presque tous les plans, le tournage est épuisant. Chargé de chaîne (en plastique et creuses, il est vrai), Vidocq et ses compagnons doivent cheminer dans les champs après leur évasion du bagne. 

Une anecdote

 

Après leur évasion, une bagarre éclate entre les forçats. D’un revers de la main, Vidocq gifle un de ses compagnons qui n’obéit pas assez vite à ses ordres. Pendant les répétitions tout alla bien. Mais, au moment de la prise véritable, le giflé, Jacques Seiler, ne sut pas éviter le revers de Bernard Noël. Le coup fut si violent qu’il laissa sur le menton de son partenaire une trainée de sang.

 

En 1969 la première chaîne décide de faire une suite. Elle se fera sans Bernard Noël... 

 

Claude Brasseur :

Télé 7 jours du 2 janvier 1971

Et Claude Brasseur deviendra Vidocq dans la nouvelle série réalisée par Marcel Bluwal, à la suite de Bernard Noël, le créateur du rôle.

 

Il n’est pas utile de revenir sur Vidocq qui fut un énorme succès pour Bernard Noël. Écoutons Claude Brasseur lors de l’entretien qu’il accorda pour le bonus du superbe coffret DVD des nouvelles aventures de Vidocq.

Claude Brasseur : « Bernard Noël était un grand acteur et je lui rends hommage. La maladie l’a couché définitivement et à la suite de ce forfait, si j’ose dire, Marcel Bluwal a fait appel à moi pour remplacer, je n’ai pas peur de le dire, pour remplacer Bernard… »

 

Bernard Noël et ses rôles à la télévision 

En janvier 1969, soit 5 ans après sa diffusion sur la première chaine, La Mégère apprivoisée, réalisée par Pierre Badel avec Rosy Varte et Bernard Noël était toujours en tête du palmarès des émissions catégorie dramatique et recevait la médaille d’or décernée par les lecteurs de Télé 7 jours. Ce rôle qui est resté longtemps dans la mémoire des spectateurs d’hier et encore d’aujourd’hui pour ceux qui l’ont découvert ou redécouvert grâce à l’INA, était le rôle préféré du comédien.


Bernard Noël disait quelquefois : « La célébrité que donne la télé ? De quat’sous ! Éphémère » et il rajoutait « La télévision ne fait pas la valeur du comédien. Elle n’a aucune incidence concrète sur le théâtre, pas plus sur la production que sur le public. Un vrai public de théâtre d’ailleurs, ne se laisse pas séduire par la télévision ». L’homme de théâtre qu’il représente n’appréciait pas le peu de temps que la télévision accordait aux comédiens pour apprendre un texte. « Trois semaines pour apprendre mille lignes de texte, c’est insuffisant. Pour bien faire, il en faudrait cinq. Alors qu’au théâtre, on a le temps de répéter, et d’affronter le public avec un maximum de chances. Le personnage au théâtre, c’est comme un flirt, on commence à voir sa silhouette. On observe son comportement dans la vie, ses réactions et, petit à petit, on s’identifie. C’est un vêtement dans lequel on est d’abord un peu serré. Il faut s’y faire une place. On est d’abord gauche et maladroit… et quand on a bien fait sa cour, tout s’arrange ! »

« Bernard Noël à la télévision c’est avant tout la vitalité, la spontanéité, la générosité un peu naïve et parfois des rôles bien éloignés de sa nature profonde » disait son ami Maurice Cazeneuve,  «  On lui a fait jouer souvent, moi-même d'ailleurs, les cyniques, alors qu'il était le contraire des cyniques, on lui a fait jouer les désinvoltes alors que c'était un inquiet, on lui a fait jouer les somptueux alors qu'il était extrêmement humble. »

 

Photo x, Coll. Nicole Gueden D.R.

Illusions perdues   

 (disponible sur ina.fr)

 

réalisateur: Maurice Cazeneuve

 

Du 5 au 26 mars  1966 la télévision faisait revivre pendant quatre semaines la Comédie humaine de Balzac..

 

 

 135 comédiens, 600 figurants, 1200 costumes, 5 mois de tournage, 18 décors en studio. Les extérieurs avaient été tournés à Senlis, Jouy-en-Josas. au château de Maillebois et dans les rues de Paris.  En 1966 c'est la pus fastueuse réalisation de la télévision. Dans cette vaste fresque Bernard Noël interprète Étienne Lousteau,  journaliste talentueux mais qui prostitue sa plume en la mettant au service de l'immoralité. Pourtant lui aussi était arrivé à Paris plein d'illusions, comme le héros du roman Lucien de Rubempré ( Yves Rénier ). 

 

Extrait d'Illusions perdues

 

  Lucien de Rubempré lit des vers qu’il a composés à Étienne Lousteau. Et la lecture se termine.

 

 Lucien : « Eh bien ? »

 

 Lousteau : « Une question d’abord : d’où êtes-vous ? »

 

 Lucien : « d’Angoulême. »

 

 Lousteau : « Pourquoi vous ne voulez pas y retourner ? Devenir clerc de notaire, petit huissier, marmiton, cantonnier, je ne sais pas, n’importe quoi, mais un métier, un vrai ! »

 

 Lucien : « Non. »

 

 Lousteau : « Vous voulez imposer votre gloire à Paris ? »

 

 Lucien : « Oui, j’ai ce projet. »

 

 Lousteau : « C’est illusion. »

 

 Lucien : « Pourquoi mes poèmes sont si mauvais ? »

 

 Lousteau : « Excellent, excellent ! Vous êtes trois fois poète, et alors ? Je vous engage à noircir vos bottes avec votre encre, vous économiserez votre cirage, à regagner votre pays et même à devenir soldat ! Si vous ne détestez pas trop la musique militaire, vous avez le temps de mourir six fois de faim si vous comptez sur le produit de votre talent pour vivre. »

 

 Lucien : « Mais ne pourrais-je écrire mes œuvres en subsistant par quelques travaux ? Dans un journal par exemple ? »

 

 Lousteau : « Ah, nous y voilà ! (Silence.) Mon enfant, écoutez-moi bien ! Je vais vous entrainer sur la montagne.

 

 Vous verrez le paysage et ma compassion sera sans complaisance.

 

 Si je suis le diable (et cela est ma foi bien possible )  après mon exposé vous connaitrez votre âme. Il vous faudra choisir. Voici Paris !Vous avez du talent, vous êtes peut-être le plus grand poète de sa génération. Mais qui le sait ? Qui le dit ? Qui parle de vous ? Êtes-vous l’amant d’une grande dame qui vous imposera à la société de son salon ? Êtes-vous compagnon de débauche d’un directeur de théâtre qui jouera votre pièce ? Avez-vous trafiqué avec les rédacteurs des journaux à la mode qui vous feront une réputation de première page ? Avec votre belle mine, avez-vous un vice commode ? Êtes-vous prêt aux bassesses ? Aux combinaisons, aux marchandages, aux chantages de toutes sortes ? Non ? Non ? Alors Paris vous ignore ! Et si Paris ne parle pas de vous, ayez le plus clair génie que la terre n’ait jamais porté, vous n’êtes rien, rien, rien ! Il n’est qu’un seul moyen de réussir à Paris, se compromettre ! Ouais. Votre ami d’Arthez (Denis Manuel), que je connais bien qu’il me méprise, s’imposera sans aucun doute. Il a cet excès de vertu qui décourage même le désespoir. Il arrivera, mais il aura compromis sa jeunesse, les années de la vie véritable. Son œuvre fera sans doute l’admiration des générations futures, mais il n’aura pas vécu. Se compromettre, vous dis-je ! Barthez a le cœur noble, il peinera misérablement, mais qui brille dans le ciel de Paris dans le même temps ? Des hommes comme moi ! Je fais la critique des théâtres, dans le journal qui appartient à Finot (Claude Cerval). On prépare mon humeur, on m’offre des diners somptueux, on me fournit des places gratuites pour mes amis. Je les revends, j’aboie contre un livre qu’intimement je trouve beau si par malheur l’éditeur n’est pas du même parti que mon directeur ! C’est ignoble, je le sais, mais je vis de ce métier, et j’en vis bien. On me redoute, on m’admire, donc, on me recherche. J’ai pour maitresse une petite actrice qui veut devenir grande. Elle sait que je suffis à ce miracle donc elle m’aime ! (Silence.) Et cependant, j’ai écrit une belle tragédie moi aussi et j’ai, dans mes papiers, des poèmes qui mourront avec moi ! Et j’étais bon et j’avais le cœur pur ! Jeune homme voici mes ulcères… »

 

 

 

 Il ne faut pas jouer avec le feu

Le 9 septembre 1966, la deuxième chaine diffusait une pièce d’August Strinberg réalisée par Guy Lessertisseur. "Il ne faut pas jouer avec le feu" Première collaboration entre Bernard Noël et le réalisateur…Les répétitions commencèrent le 31 mai 1965 et la pièce fut enregistrée le 17, 18 et 19 juin.

L’histoire se déroule à la fin du XIXème siècle, en Suède, dans une élégante station balnéaire.  Bernard Noël (Knut) est peintre et vit avec son épouse Kerstin ‘(Françoise Giret) dans une luxueuse villa. Il aime sa femme mais  ne peut s’empêcher de la tromper avec Adèle (Colette Bergé) une cousine pauvre qui lui sert de modèle. Kerstin a de l’affection pour son mari, mais elle éprouve de son côté une attirance pour Axel (Jacques Verlier) qui se croyait définitivement libérer du sentiment qu’il éprouvait pour Kerstin et courtise Adèle. Mais les sentiments vont renaitre entre les deux amants et ils avouent leur amour à Knut….  

 Écrite à la manière d’un proverbe, cette pièce de Strinberg, dont les déboires conjugaux le rendaient particulièrement amer à l’égard des femmes, nous conte l’éternelle histoire de l’éternel trio.

La dernière image du générique représente un livre posé sur un guéridon. Son titre :  Le Journal du séducteur de l'écrivain danois Søren Kierkegaard

Quelques semaines plus tard, Bernard Noël séduira Anne-Marie interprétée par Francine Bergé, la sœur de Colette, dans « Gaspard des montagnes ». Mais cela est une autre histoire…

 

Gaspard des montagnes

 

réalisateur : Jean-Pierre Decourt

 

Photo x, Col. André L'Heritier  D.R.

Le tournage « d'Illusions perdues » s'effectue durant le printemps 1965. Quelques mois plus tard pour Bernard Noël commence un autre tournage: « Gaspard des Montagnes » qui va durer tout l'été dans la région d'Ambert et La Chaise-Dieu

 

La météo de l’été  1965 avait été particulièrement désastreuse sur toute la France. « On est mal tombé ! » disait Bourvil, qui tournait dans les Vosges  « Les Grandes Gueules » avec Lino Ventura et Marie Dubois. Dans les souvenirs de robert Enrico, le réalisateur écrivait : «  Dans la clairière, les journées sont longues. On a huit semaines de mauvais temps pour une seule ensoleillée, si bien que la lumière fut toujours limite. Par moments la pluie cessait. On en profitait pour voler un plan. Au signal des assistants, chacun courait prendre sa place comme dans le départ d’un Grand Prix automobile. Mais compte tenu des conditions météo, les prises ne furent pas nombreuses. Il fallait toujours réussir la première, la deuxième était généralement pour les assurances qui exigent deux prises… » (Extrait du documentaire « Le fabuleux destin des Grandes Gueules » de Jean-Pascal Voirin)

 

Sur le tournage de Gaspard des montagnes en Auvergne, les comédiens passaient des matinées entières dans les granges ou sous les sapins la pluie qui transperçait les décors, la boue… Le retard qui s’accumulait dans le plan de travail à cause de la météo, n’empêchera pas Jean-Pierre Decourt, à l'occasion d'une rediffusion en 1986, de déclarer :

 

«   Pour cette grande fresque qui se situe à l'époque napoléonienne, il y avait pas mal d'action, de duels et de cascades. J'avais une bande de copains cascadeurs avec lesquels j'ai travaillé durant des années et l'ambiance du tournage était assez extraordinaire. Nous formions une grande famille. Parents et amis étaient venus camper autour de nous, car c'était l'été et l'atmosphère était fantastique.  

 

 

 

L’Auvergne, 1965.

 

Les chemins que je vais prendre pour rendre hommage à Bernard Noël et sa carrière à la télévision ont servi de décors naturels à un autre film, qui reste lui aussi un classique de la télé, Gaspard des montagnes.

 Je pars donc sur les traces de ce héros du terroir que Claude Santelli a si magnifiquement adapté de l’œuvre d’Henri Pourrat et que Bernard interprète avec tant de panache et de gouaille…   

(Sur mes chemins de Bernard Noël,    chapitre 8   Le charme de Gaspard des Montagnes. )

 

photo x, Col. Patrice Ducher D.R.

                         60 000 fusils

 

       Beaumarchais, Bernard Noël, Marcel Bluwal

 

 

 

Automne 1965, juste après Gaspard des  Montagnes tourné en Auvergne, Bernard Noël  commençait un autre tournage et cette fois ci  sous la direction de Marcel Bluwal.  Le réalisateur avait contacté le comédien pour lui proposer le rôle de Beaumarchais, que Bernard Noël avait déjà interprété sur France Inter au cours de cette même année dans un feuilleton radiophonique de 73 épisodes de 14 minutes, qui s’intitulait « Beaumarchais l’endiablé ».

 

Bernard Noël est, avec Michel Piccoli  et Claude Brasseur, l’un des trois comédiens favoris de Marcel Bluwal.

 

Marcel Bluwal : « Je l’avais vu évoluer dans ‘’Victor ou les enfants au pouvoir’’  en 1963 et « Love » en 1965  et cela m’avait donné l’idée de ce qu’il pouvait devenir à la télévision, un personnage fort, puissant et surtout optimiste et aimant la vie. Hors j’avais à réaliser « 60 000 fusils »sur un texte de Moussy sur Beaumarchais qui n’a jamais cédé, qui a lutté, qui a souvent gagné, souvent perdu et dont l’optimiste était foncier. Je l’ai proposé à Bernard, qui a dit oui… » Le metteur en scène était en train de mixer « Dom Juan », le jour qu’il avait demandé à Bernard Noël de passer pour lui montrer le texte, avec l’idée de lui proposer le rôle. Marcel Bluwal : « ‘’ça a l’air bien, ce film ‘’, me dit-il en regardant à l’écran Michel Piccoli, puis il lut le texte de Beaumarchais et me répondit :’’ Formidable ! J’en ai envie, c’est pour moi, je le fais’’

 

La lecture du texte original écrit par Marcel Moussy, le scénariste de François Truffaut, fera dire à Marcel Bluwal en 1965 : «  Ce texte écrit pour la télévision n’est pas une dramatique traditionnelle. Ou bien, c’est un film d’un budget incompatible avec les moyens de l’ORTF ou bien c’est une émission sur magnétoscope dont l’action et les décors seront stylisés. C’est  effectivement après avoir choisi cette deuxième solution, en accord avec moi, que Marcel Moussy a écrit le texte. La succession des séquences la rapidité de celles-ci exigent l’équivalent du dispositif scénique théâtral ainsi que les fonds noirs du théâtre d’aujourd’hui » Marcel Bluwal a donc décidé de tuer le décor, parce qu’à la télévision on en voyait tous les défauts dira t-il. Il entreprend également de changer l’éclairage des scènes.  Marcel Bluwal : «  Il m’est arrivé par exemple de me contenter d’une simple lampe posée sur une table. Personne ne croyait que c’était possible, car on continue toujours aujourd’hui de faire, pour un film, des éclairages plein feux comme pour le direct. » Le réalisateur ne voulait pas faire du jeux des acteurs, l’élément essentiel remplissant le cadre de l’écran de télévision. Mais limité ce cadre, à un secteur de l’écran et parallèlement  dans une autre partie de l’écran se succédaient des phrases imprimées, des gravures de livres d’histoire, reproductions d’époque, actions parallèles à l’action principale « Le tout visant »dira Marcel Bluwal, à affirmer des synchronismes éclairant l’action particulière du texte par le défilé chronologique de la Révolution Française. »

 

Les répétitions commencèrent le 1er novembre 1965 et durèrent cinq semaines dans la salle A, au rdc des Buttes Chaumont.  Le tournage dura douze jours essentiellement en studio  (Francoeur, studio 14 des Buttes Chaumont plus deux nuits  en extérieur, à Champlan dans l’Essonne.

Soixante cinq comédiens et trente figurants entourent Bernard Noël. Parmi eux, citons Bernard Fresson qui incarne Danton, Marcel Cuvelier dans le rôle de Gudin de la Brunellerie, ami, et éditeur de Beaumarchais, Yvette Étiévant est l’épouse du philosophe et Paloma Matta, sa dernière maitresse  L’histoire relate les rapports difficiles de l’auteur du «  Mariage de Figaro »  avec les protagonistes de la révolution Française. En particulier à propos de l’affaire « des fusils ». Dans cette période, Beaumarchais est devenu un personnage assez impopulaire et suspect aux yeux de la Révolution. Un flamand, le libraire Delahaye, lui propose un lot de 60.000 fusils provenant du désarmement des Brabançonnais par l’Empire et qui se trouvent en Hollande.La Révolution manque d’armes, Beaumarchais va lui en fournir. Ce sera le début d’une cascade de péripéties qui dureront trois années. Avec une obstination indomptable, il va s’efforcer désormais de soustraire les fusils à la convoitise des ennemis de la France et de les faire parvenir au gouvernement Français : il n’y parviendra jamais.et les fusils  furent saisis par William Pitt, le premier ministre britannique

 

Beaumarchais interprété par Bernard Noël, c’est la même énergie, le même acharnement. Un rôle idéal pour le comédien, bien que, comme l’explique Marcel Bluwal, il y avait quelque chose de contradictoire entre le vrai personnage de Bernard Noël et le rôle de Beaumarchais déjà vieux. Le réalisateur  avait longuement discuté avec le comédien  pour savoir comment il ferait rentrer dans son jeu cette notion de vieillissement et ça lui était très difficile, disait Bluwal, cette idée du vieillissement et de la mort, il ne réalisait pas.   

 

                                                                                                                                                                

 

Malatesta

 

 

Héros violent et ambitieux, de Henry de Montherlant . L’académicien s’est intéressé de près à la réalisation et au travail des acteurs ; il a tenu à assister à toutes les répétitions. Si le comédien dans le rôle de Malatesta est apprécié par l’auteur qui dira en 1967   «  Il y a quatre ans, Jean-Louis Barrault m’a proposé une reprise de  «Malatesta». J’ai refusé, faute de trouver un acteur pour jouer le personnage du héros selon que je le vois et selon ce qu’il fut. On l’a trouvé maintenant avec Bernard Noël, qui est un bon Malatesta. »  il n’en sera pas de même de la critique de Guillaume Hanoteau sur Télé 7 jours qui écrira Bernard Noël, merveilleux acteurs,  prodigieux «  Vidocq », n’était pas Malatesta 

 

Quand il est sur scène ou sur un plateau, l’homme tranquille se déchaine. Il saisit ses personnages à bras-le-corps, les bouscule, les enlève. Après une pièce ou un tournage, il est épuisé, vidé. Il ne trouve la paix que chez lui, dans sa maison de Sèvres avec sa femme Sylvia et son fils Rémy. Ils ne sortent pas beaucoup et préfèrent rester chez eux écouter de la musique. Bernard est mélomane et possède une très belle collection de disques.

On écrivait dans les journaux en 1967 soit trois ans avant sa mort : «  Pas de sorties le soir, s’il jouait les noctambules, il risquerait de payer très cher son imprudence. Sa fatigue met sa santé en danger. Bernard Noël a souffert d’une grave maladie des reins. Ses médecins voulurent lui imposer trois mois de repos complet. Il refusa, pour ne pas annuler des contrats importants pour la suite de sa carrière. Un traitement de choc lui permit alors de tenir le coup.» 

 « Je joue avec ma santé, dira Bernard Noël,  Mais je ne peux me permettre d’arrêter au moment précis où tout me sourit... »

 

http://www.ina.fr/video/CPF86641630
http://www.ina.fr/video/CPF86641630

 

 

 

 

Juin 1969

 

« Si j’ai commis l’imprudence de laisser programmer une émission sous le titre

Les Trois Portes alors que la pièce n’était pas faite, c’est qu’en réalité j’avais un dessein très précis : celui d’écrire ma pièce devant les téléspectateurs, c’est-à-dire devant vous… »

 Bernard Noël joue dans cette pièce policière l’auteur qui écrit sa pièce en même temps qu’il interroge les comédiens et ils vont interpréter les différentes versions du drame y compris celle du mort qui ressuscite chaque fois.

Nadine Alari, Lucien Raimbourg ; Henri-Jacques Huet, Marcel Pérès et Karin Petersen font partie de la distribution.

 

 

 

 

 

Don César de Bazan

réalisateur : Guy Lessertisseur

 

 

Bernard Noël trouve dans le personnage de Don César de Bazan un rôle sur mesure. dans l'esprit commedia dell' arte. Cette émission sera diffusée sur la première chaîne le samedi 28 mars 1970.

 

« Ce que j'aime, dira Bernard Noël, dans les personnages de cette sorte, c'est qu'ils bougent tout le temps, physiquement et moralement. Ils sont généreux, un peu fous, toujours excessifs, ce qui oblige à composer un grand nombre de facettes. » Le personnage picaresque de Don César de Bazan, que le comédien avait déjà interprété sur une scène de théâtre au festival d'Anjou, sera son dernier rôle enregistré pour la télévision.

 

 

 

 

Le Cinéma

 

 

 

 

« À l’époque de Vidocq, les gens me disaient que j'avais tort, que le feuilleton pouvait arrêter ma carrière au cinéma. Il paraît que les metteurs en scène et les producteurs de cinéma en France n'aiment pas les acteurs de télévision. Ils les considèrent comme les parents pauvres de la profession. Moi je trouve ça d'une stupidité ! Un acteur est un acteur. S'il plaît à vingt millions de téléspectateurs, il n'y a aucune raison qu'il déplaise aux spectateurs des salles obscures. » Et Bernard Noël faisait référence à l'Amérique, l'Angleterre, ou l'Italie dont la télévision lance énormément de vedettes : «  Aussi, je pense que peut-être, j'ai effectivement souffert de ce malentendu. »

 

 

Stellio Lorenzi disait: « La télévision est fille du théâtre et il y a plus de contenu au théâtre qu'au cinéma »   Bernard Noël, l'homme de théâtre, reconnaissait que le  cinéma avait une certaine influence sur le théâtre. «  Jadis, il n'y avait pas de metteur en scène de théâtre et les pièces marchaient quand même. Ce ne serait plus possible maintenant. Aujourd'hui ( et le cinéma y est pour beaucoup ) on a habitué le public à une circulation très vivante, à des places variées. Les acteurs évoluent sur scène au lieu de rester immobiles pendant une heure et demie. Au théâtre, tout est une question de jeu, de technique, il faut projeter son texte à 20 ou 30 mètres. Au cinéma, vous êtes à 50 cm de l'écran, le travail peut venir davantage de l'intérieur.»

 

Le Feu follet     1963

« Il a presque trente ans, mais c’est toujours un adolescent. On pourrait dire que la principale raison qui le décide à se suicider, c’est qu’il refuse simplement de devenir adulte. » Disait Louis Malle en parlant d’Alain Leroy , le personnage interprété par Maurice Ronet . Bernard Noël est Dubourg, l’ami d’Alain Leroy, qui restera affecté de leur rencontre.      Extrait


Télécharger
DVT_B069.mp3
Fichier Audio MP3 468.3 KB

Un choix d'assassins    1967

 

Réalisateur  Philippe Fourastié

Auteur  William P.MacGivern

Dialoguiste  Remo Forlani

 

 

Bernard Noël répond à une journaliste de Cinémonde qui l'interroge sur son rôle dans le film.

 

«  Stéphane est un homme qui a perdu sa femme dans un accident de voiture et qui boit pour oublier. Sans argent il erre dans les rues de Tanger à la recherche de la bonne âme qui voudra bien lui offrir un verre. Un jour il entre au « Café Français » où le chef d’un gang, joue au craps. Stéphane tente de s’approprier une petite piècede monnaie tombée sur le sol, mais le gangster s’en aperçoit et l’en empêche. Les deux hommes arrivent à ce marché : le gangster offre un verre à Stéphane, mais celui-ci se tue immédiatement après. Au dernier moment le chef de gang détourne le révolver : puisque Stéphane est capable de se tuer pour un verre d’alcool, il pourra tout aussi bien rendre service en tuant qui on lui désignera. C’est le début de l’histoire, tiré d’un excellent roman américain. Parallèlement à l’intrigue policière, il y a l’évolution de cet homme vidé, de cette épave humaine qui redevient quelqu’un, se remet sur rails au contact de gens médiocres. C’est un rôle intéressant. »


Depuis le 26 mars 2016 ce film est disponible en DVD

Un choix d'assassins

Michel Piccoli

Comme Michel Piccoli ou Maurice Ronet, Bernard Noël faisait partie de cette génération de comédiens qui devait attendre la quarantaine pour se sentir pleinement dans leur rôle.

À près de 90 ans, Michel Piccoli continue de monter sur scène (voir photo, balance son à Monpazier été 2015, entouré de Jane Birkin et Hervé Pierre, pour les lectures des textes de chansons de Gainsbourg). Né un an après Bernard Noël, il avait commencé en faisant de la figuration au cinéma et du théâtre. Son nom est indiqué parmi les élèves du conservatoire avec Michel Galabru, dans la même période que Bernard Noël. Piccoli était déjà une vedette de cinéma, en 1965, quand il tourne pour la télévision sous la direction de Marcel Bluwal : Dom Juan. Le réalisateur qui avait marqué les débuts de Michel Piccoli à la télévision 10 ans plus tôt se souvient que les cachets du comédien représentaient dix fois ce que l’ORTF lui proposait pour jouer Dom Juan. Il refusa dans un premier temps, Bluwal était conscient que c’était lui ou rien pour interpréter le rôle et insista auprès de Piccoli qui finit par accepter. À la différence de Bernard Noël, Michel Piccoli était déjà une vedette de cinéma avant d’avoir interprété un rôle important pour la télévision. Bernard Noël avait commencé par être une vedette du petit écran et le cinéma ne lui pardonna pas.


Macha Méril


«  Il y avait une chose qui nous qui nous différenciait : Bernard était principalement un acteur de théâtre et moi, une actrice de la nouvelle vague. J'en faisais un principe. J'avais suivi le cours Dullin, qui était le cours de Jean Vilar. Ça n'était pas  la même école que la Comédie-Française avec le Conservatoire, ni même les cours de Tania Balachova. C'était la période 1968. J'étais très politisée, très à gauche. Je voulais être avec Vilar et Gérard Philipe et suremement pas avec la Comédie-Française qu'on snobait. On trouvait cela vieillot, carton-pâte, et nos idées ont fédéré les plus grands comédiens du moment. »

Si Bernard Noël avait vécu, sa notoriété aurait perduré. Selon Macha Méril Bernard aurait fait un très bel acteur vieillissant, directeur de théâtre, probablement dirigeant sa compagnie.