Les invités de Bernard

 

Dans le livre Sur mes Chemins de Bernard Noël, les comédiens rendent hommage à Bernard Noël. Dans cette rubrique, c’est un hommage que l'on rend aux comédiens et comédiennes qui ont travaillé aux côtés de Bernard Noël (ou pas).


 Jean Topart

 

 

Le comédien était né le 13 avril 1922 à Paris. Il avait été très marqué par la disparition de sa jeune sœur Lise qu’il aimait énormément, décédée en 1952, dans un accident d’avion. Lise Topart lui avait donné le gout pour le métier d’acteur. Elle restera toute sa vie son modèle. Jean devait faire des études de médecine en suivant l’exemple de son père qui était médecin. Mais la révélation du métier de comédien dans un cours d’art dramatique que sa sœur lui avait fait découvrir a été un choc pour le jeune homme. Jean Topart, en parlant de sa sœur Lise, disait « elle avait une voix de vérité, pas une voix d’acteur, la voix qu’elle avait dans la vie. Elle n’avait pas deux voix. Et puis une liberté formidable, quand elle lisait des textes, elle s’envolait ». Ces mots pourraient aussi concerner Bernard Noël.

Finie la première année de médecine, il arrêtera ses études. Il voulait être comédien et il sera un grand comédien. Faisant partie de la troupe du TNP, il sera aux côtés de Jean Vilar et Gérard Philipe à Avignon et fera sept festivals d’Avignon avec Vilar et un avec Béjart comme récitant de Pierre et le Loup. La télévision lui apportera des rôles magnifiques. « Une chance » dira-t-il, en 1986, d’avoir connu la grande période de la télévision, vingt-cinq ans plus tôt, « En direct Oreste en direct Iago d’Othello en direct, des choses folles qui m’excitaient, il y avait des imperfections, des danses de micros, on entendait des ballets de caméra, le comédien était à vif, des pans de décor s’écroulaient, mais quelle joie… » Et en 1978, ce sera la consécration avec Zola ou la conscience humaine réalisé par Stellio Lorenzi. Pour ce rôle, Jean Topart disait dans un entretien : « J’étais accablé de travail et de responsabilité, je ne pensais qu’à m’économiser et apprendre les scènes à venir que je devais jouer dans un mois… » La radio lui apportera également des joies magnifiques et lui permettra de jouer des rôles qu’il n’aurait jamais pu jouer physiquement.

Le comédien avait souvent joué les méchants à l’écran et pour les spectateurs des années soixante, il était Sir Williams l’ennemi de Rocambole. Voici ce qu’il répondait, à un journaliste qui était venu l’interroger, en 1966, sur le tournage de Roger la Honte, concernant cette étiquette de méchant qu’on lui attribuait.

 

Jean Topart : « Le méchant, vous savez : le méchant, oui, le méchant, je n’aime pas beaucoup le méchant ! Ça me met une étiquette tout de suite sur mon personnage. C’est un peu bref !

 J’essaie au contraire, quand je joue un personnage dit méchant de lui trouver toutes les excuses possibles, toutes les raisons qui motivent ce caractère. Ce que j’appelle des circonstances atténuantes, pas très atténuantes ! Mais j’essaie toujours de lui trouver ces raisons afin de lui donner sa vraie personnalité. Sans ça, jouer un méchant, ça ne m’intéresserait pas du tout. »

 Donner le change avec ses personnages de canaille, comme son interprétation de Iago dans l’œuvre de William Shakespeare, réalisé en 1962 par Claude Barma.

 Et puis Jean Topart, c’était aussi la voix de Jésus dans Don Camillo en Russie alors…

 

 

 

 

Henry de Montherlant raconte une anecdote sur Jean Topart pendant l’enregistrement pour la télévision de Malatesta en 1967, au côté de Bernard Noël dans le rôle-titre. Il interprétait dans la pièce le rôle du confident Porcellio.

« On était à la fin de la dernière heure d’enregistrement, où Jean Topart a une scène particulièrement importante. Le comédien jouait sur les Boulevards trois quarts d’heure plus tard et sa scène n’était pas encore venue. Il était hors de lui. Sa scène arrive enfin. Il interprète un clerc à la solde du seigneur Malatesta, qui hait son maitre, et dans quelques secondes il va l’empoisonner. Jean Topart, à bout de nerfs, vomit ses tirades avec un flot de haine et de bile qui venait sans doute de son talent, mais aussi de l’exaspération où il se trouvait après des heures d’attente dans les studios. Cela a été pour moi un grand moment de théâtre. » dira Montherlant.

 

Michel Galabru

 Hommage au Grand comédien qui avait préparé son entrée au Conservatoire d’art dramatique  la même année que Michel Piccoli  et Bernard Noël (qu'il retrouvera à la Comédie-Française et par la suite dans des enregistrements de pièces radiophoniques).  Michel Galabru obtient un premier prix et  entre aussitôt  à la Comédie-Française.  Il y restera sept ans puis fera la carrière que l’on sait. Ce lundi 4 janvier 2015, un monstre sacré est parti rejoindre, lui aussi,  le royaume des âmes  où se joue sans relâche la Divine Comédie.

 

Extrait :  La Sentinelle endormie  

1966    écrit et interprété par  Noël Noël

 

 

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La Sentinelle endormie
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Sylvain Lévignac

J’ai un super souvenir de Sylvain Lévignac, remontant à 1974 ou peut-être 75, lorsque nous éditions notre fanzine Ciné 2000. Nous avions laissé un moment  les crayons  pour tenter de réaliser un court métrage d'après un scénario adapté par la suite en bande dessinée dans les numéros du fanzine  Notre ami le comédien Howard Vernon avait accepté de jouer le rôle principal  dans ce petit film. Il manquait un autre comédien et on avait pensé à Sylvain. Le projet n’a pu se faire, mais j’ai toujours gardé en mémoire le contact convivial que nous avions eu dans une brasserie du Quartier latin.. Sylvain Lévignac acteur et cascadeur a joué dans une incroyable quantité de films pour le cinéma et la télévision. Avec Bernard Noël ils se connaissaient, on les retrouve dans  un même film réalisé en 1956  par Guy Lefranc  Fernand cow-boy.

Francine Bergé

 

« Elle a une voix si particulière qui vous envoute, l’œil qui frise, très mutine, beaucoup d’intelligence. Une comédienne que j’ai adorée dans Les Bonnes de Jean Genet. » Ainsi parlait Gérard Dessalles de Francine Bergé, sa partenaire dans Gaspard des Montagnes en 1965. La grande comédienne est sélectionnée pour la deuxième fois aux Molières  dans la catégorie Molière de la Comédienne dans un spectacle de Théâtre public" pour Bettencourt boulevard ou une histoire de France de Michel Vinaver. Mais c’est Dominique Blanc qui remporte la récompense pour son rôle de la marquise de Merteuil dans Les Liaisons dangereuses Espérons pour Francine Bergé que la troisième fois sera la bonne.

Nicole Berger

Elle avait 20 ans en 1954, quand elle interprétait le rôle de Vinca dans « Le Blé en herbe » d’après le roman de Colette. La jeune comédienne, à travers ses rôles sur la scène ou devant une caméra,  cherchait à s’extérioriser et à s'exprimer en jouant la comédie pour dépasser cette timidité qu’elle avait depuis son enfance. Elle restait cependant discrète dans la vie et n’aimait pas paraitre.  Son désir de jouer des comédies drôles sera satisfait avec « Les cabinets particuliers », Adaptation du vaudeville éponyme de Félix-Auguste DUVERT  ou « La belle Arabelle »une comédie musicale écrite par Francis Blanche.

Nicky, comme l’appelaient ses proches, reste présente dans la mémoire des téléspectateurs avec le rôle de « Cécilia, médecin de campagne », feuilleton à succès de l’ORTF de l’année 1965. Ce personnage attachant de jeune femme médecin, devant lutter pour s’imposer dans un village perdu de la Lozère, lui aurait probablement collé longtemps à la peau et gêné sa carrière. Un peu comme Bernard Noël avec Vidocq !

 Elle tournera son dernier film sous la direction du réalisateur Afro-américain Melvin Van Peebles « La Permission (The Story of a Three-Day Pass). Réalisé en noir et blanc et reconnu parmi les siens par les Cahiers du cinéma et la Nouvelle Vague. Le film, sorti sur les écrans pendant les évènements de mai 68,  passa totalement inaperçu.  Nicole Berger ne le verra pas, puisqu’elle décéda le 13 avril 1967 d’un accident de voiture sur la nationale 13 dans l’Eure, quelques jours après la fin du tournage. Elle avait 32 ans. Malgré les années qui ont passé, son  joli sourire reste dans les mémoires de tous ceux qui ne l'ont pas oubliée.

 

En 1965, elle tourne pour la télévision une adaptation du roman de Pierre Benoit "Mademoiselle de La Ferté" avec Anna Gaël et Bernard Noël. Cette très belle dramatique est disponible sur ina.fr

Glenn Ford

Il aimait les gens qui sont des acteurs, y compris dans la vie. Celui qui avait interprété plus de 230 films dans sa carrière, considérait qu’un film est bon s’il y a un bon capitaine qui dirige le bateau. Georges Marshall, Cukor et John Ford étaient ses maitres. Pour répondre à une question qu’on lui avait posée lors du festival de Cognac en 1988, Glenn Ford avait répondu « Je ne suis pas une légende ! John Wayne est une légende. » Bernard Noël a doublé plusieurs acteurs américains1, mais à ma connaissance il n’a jamais doublé l’acteur inoubliable de Gilda, Graine de violence, 3h10 pour Yuma…

 

1) Dossier en préparation

 

Si Bernard Noël avait doublé plusieurs fois Marlon Brando dans des films comme  Les révoltés du Bounty (1962) et   La vengeance aux deux visages  (1961). Il doubla également Steve Mc Queen dans un film de Richard Thorpe  Branle-bas  au casino (1961).

Les 13 et 14 juin 1970 se déroulait La 38e édition des 24 heures du Mans. Pendant cette course, on filmait Steve Mc Queen . dans le film Le Mans Ce fut un tournage compliqué et dangereux à tous niveaux pour le comédien. Le film sera  un échec. Et Mc Queen quitta la France séparé de sa femme Neile Adams , sur la paille avec une incertitude sur son métier d’acteur. Dans mes souvenirs d’enfant, le grand acteur était en France et j’aurais aimé le rencontrer, l'apercevoir. Un rêve qui ne s'est pas réalisé et je me contentai alors d’aller le voir au cinéma  l’Horloge, près de chez moi à Saint-Maur des Fossés,  dans le film de Mark Rydell The reivers qui venait de sortir sur les écrans. Dans cette même période Bernard Noël était hospitalisé à l’hôpital de la Roseraie à Aubervilliers. Malgré son état de santé, il est probable qu’il suivit la retransmission de cette couse au poste. Bernard Noël avait des points communs avec Steve Mc Queen, ce besoin viscéral de la vitesse et des voitures rapides, ce qui lui a causé quelques sorties de route. Ils ont en commun la séduction auprès des femmes et l’un comme l’autre étaient aimés par les enfants.